Comme présentation...

Je ne semble pas appartenir à l'élite tant est si bien qu'on peut tout me reprocher, et surtout les choses qui font de moi ce que je suis au plus profond. Je n'ai pas de religion déterminée, donc le sens de la morale doit m'échapper comme l'ostie des mains d'un curée le jour où il a bu trop de vin de messe. Je ne suis pas plus spirituel, les philosophies qui te préparent de la vie à trépas, très peu pour moi. Je n'ai, à mon grand regret, qu'un sens immodéré pour le dégoût de la vie, et même un négationisme de celle-ci. J'ai le sens de l'injustice bien ancré en moi, ce qui me permet de juger mes actions en toute impunité sans qu'on ait à me faire d'autre procès. Je me mens au réquisitoire. Je suis un utopiste notoire, et disneyland a forgé toutes mes réalités. L'irritabilité dans mon ton parfois agace, parfois blesse, mais très peu souvent fait mouche, le cynisme mal-odorant qui en ressort n'atteint pas son but. C'est dommage si seulement je pouvais avoir le sens commun, l'intelligence des mots dans l'éloquence. On dit de moi qui je suis bon à rien, moi je dirai plutot que je suis mauvais en tout. Je n'ai pas d'atout particulier, si ce n'est un incroyable sens du consensus, mais n'est il pas plutot, ironiquement, de l'hypocrisie.
Je ne suis jamais ponctuel parce que le temps que perdent les autres c'est du pain béni pour moi, j'aime me faire attendre, me faire désirer. J'ai des penchants délirant pour l'embrouille populaire, j'aime quand ça clashe, et qu'au final je me taille la part belle du gâteau. A Yalta j'aurai eu assurément le plus gros couteau. Je suis aussi, faut il le reconnaitre, un intolérant borné parce que seule ma pensée est digne d'intérêt.
Je suis en quelque sorte le mélange de tous les totalitarismes à travers les âges, je représente la synthèse de tous les idéaux qui ont fait mourir la liberté.
M. Manouchian aurait certainement dit de moi "qu'on abatte cet homme avant moi" mais j'ai quand même la chance d'être né sous Badinter...

# Gepost op zaterdag 10 juni 2006, 15u35

Gewijzigd op zondag 16 december 2007, 13u20

Le naufrage

L'espoir fait sombrer même les plus grands navires à la barre desquels le plus vaillant marin s'accroche. Il tangue sur l'océan tel une brindille dans le ruisseau, tourmenté les larmes du flibustier lui lavent la peau tannée par le soleil. Beaucoup d'hommes ont péri à défier les flots, à se faire transpercer par les lames de fond, ou par des lames au fond de la calle.
Le marin la mer c'est une déchirure à chaque fois qu'il pose les yeux s'éloignant du rivage, et de la mère de ses enfants déchirée elle au dur labeur seule au foyer, les longs mois ou son homme essaie de dompter la putain maritime. Elle déteste ses eaux miroitantes dans lesquelles on perd la raison. Alors par dérision on se saoule au comptoir écoutant les conteurs et leurs histoires fantastiques, d'un homme revenu du plus beau des voyages, de la plus belle des aventures, celle de la séparation avec la mer...

# Gepost op dinsdag 13 juni 2006, 18u51

Gewijzigd op zondag 16 december 2007, 13u20

Au parc

Au bout de plus d'un an de silence, je reviens publier des bouts d'une histoire que j'ai écrite il y a quelques années. A votre bon coeur pour les coms!!
M

La petite feuille parut craquer légèrement, se craqueler sous la pression de la lourde pogne. Elle y disparut totalement, mais son reflet s'imprima bientôt sur le dos de la main. Tout un réseau de nervures grosses comme des fils de haut-parleur, ce dernier étant lové dans la poitrine de Philip, et là il pousse une gueulante. Ça se voit rien qu'à l'½il : par le col de sa chemise ouverte de trois boutons, à chaque résonnement des petits poils ondulent d'une façon très obscène, ce qui a le don d'agacer cette passante que Philip n'a même pas encore vue. Normal, elle n'est à ce moment plus une passante, elle est assise face à lui sur le banc en face du sien, comme si c'était un hasard que ces deux là (les bancs) se trouvent diamétralement opposés par rapport à un point que j'ai du mal à situer dans le décor. S'ils ont l'idée synchrone de vouloir le chercher en même temps, c'est foutu pour moi.
Mais il faut plus insister sur un point, cette fille qui ne m'est pas indifférente, loin de là (je la délecte par des jumelles comme aux courses dis-donc), m'oppose un concurrent assez redoutable, un étalon qui semble s'être foulé la patte parce qu'il est presque en larmes, contre une haie, peut-être il a pas réussi à en sauter une. Il s'est vautré lamentablement et en sortant de la course il a pris une veste pour ne pas avoir si froid, je sais pas moi. Ce ne sont que des suppositions que je suppose fausses, car je connais la vérité.
Eh merde on met jamais d'½illères aux juments ou quoi ? elles pourraient ainsi craquer pour des chevaux de labour comme moi, et pas pour des chevaux qui ne veulent que les bourrer. Merde !
Il raboutonne sa casaque de soie brodée sur le col des initiales que je tairais Parce qu'il se réclame quanD même du viril ce garçon, comme les gars des pubs, vous savez pour le dentifrice ou les lessives, surmusclés pour pouvoir soulever la brosse ou torse-poil car leur T-shirt est dans la machine à laver. N'empêche que celui-là s'appelle Philip Delville, et il va pas tarder à partir, donc à se lever, au préalable il lâche la feuille difforme mais verte encore, il va prendre sa veste, et c'est à ce moment précis que j'interviens pour éviter l'alignement des regards et du point. D'ailleurs mon poing je le sers bien fort et je m'élance dans l'allée. Je prends le soin de bien tourner le dos à celle qui évidemment va essayer de connaître visuellement parlant celui qui éclipse celui qu'elle voyait mais qu'elle ne voit déjà plus que le dos de l'obturateur, et j'ai une pose mémorable. J'ai un genou sur le banc par-dessus le pardessus, et pas déçu de cette précision j'en profite pour serrer vigoureusement la pince de « ma vieille branche » sans penser une seule seconde qu'au même moment j'écrase du pied sa feuille.
Eclipse totale.
Apparemment l'étoile du matin veut pas attendre la réapparition de son soleil qui, elle doit le reconnaître semble avoir rendez-vous avec la lune. Comme pour confirmer je me brûle les lèvres à le couvrir de baisers sordides en trémoussant mon derche...
[ Reactie posten ] [ Geen reacties ]

# Gepost op vrijdag 03 augustus 2007, 17u29

Gewijzigd op zondag 16 december 2007, 13u23

Au parc 2

-Putain qu'est-ce qui te prend Marco ?!
-Oh mon soleil comme tu es chaud aujourd'hui, tu es resplendissant de mille feux joyeux, ooooooooohhhhhh !
-Lâche-moi, oh, t'es passé chez Greg toi, y t'as filé encore des champignons ou quoi, merde arrrrrrêeetes !
-... je veux sentir ta chaleur en moi (euh nan),... non ma chaleur en toi, ooooooohhhhhhh !
-aie fais chier, tu fais mal
-elle est partie ? ouais elle est partie, dans un soupir
-quoi, mais qui ça, tu vas m'expliquer ?et pis bouges de là
-nan je me parlais à moi-même mais il semblerait que mes mâchoires en aient décidé autrement, faut les excuser... ok je me retire.
J'enjambe cette petite vermine mais dans le sens inverse, sinon j'aurais pas bouger de beaucoup je crois.
-tu vas me raconter c'est quoi tout ce cinéma, à quoi tu joues ?
-si tu veux mais ça risque d'être un peu long alors accroches-toi (il met les mains sous le banc). Bon on va commencer par le commencement comme ça, ça fera un bon début et pas une fin, si tu me suis. Disons que tu y es justement, c'était vraiment du cinéma, enfin du théâtre, mais faut bien débuter par là...tu sais que je suis des cours d'expressions corporelles dans le cadre de l'unité non fondamentale n°4 bis, qui s'accouple avec l'unité qui n'est pas moins ni plus non fondamentale que celle précédemment numérotée 4 bis, qui porte donc le nom d'unité...
-4 ?
-oui, je vois que tu suis
-je vois surtout que tu te sers des accouplements unitaires pour qu'on s'accouple nous deux, il dit ça d'une façon très mesquine le bougre !
-attends tu vas comprendre de suite de quoi il retourne...enfin je veux dire le pourquoi de mes actes. Tu sais aussi qu'à ce cours il y a Cassandre...
-la petite de la rue Ronsard ?
-et qui vient de l'Aude c'est ça ? enfin elle-même
-et alors, qu'est-ce qu'elle vient faire dans ton histoire
-et bien on est ensemble au cours, enfin je veux dire on bosse ensemble sur un texte du joueur de basket qui est pire qu'un autre et qui s'appelle le « Mac bête ». En deux mots : c'est...enfin le titre parle pour moi (je savais plus quoi dire de toutes façons !). la scène admirable mais qui t'as visiblement pas trop plu, c'est celle que je joue avec ma petite Cassandre, à qui, j'ai le regret de l'avouer même si nos activités corporelles sont des plus exquises, tu plais plus que moi.
-je vois toujours pas le rapport avec moi, je ne lui ressemble pas tellement...
-oui je sais, au toucher t'as les fesses bien plus fermes qu'elle... en fait, t'as l'occasion ce soir de constater par toi-même ce que j'affirme...parce que ce soir tu dînes avec elle, chez elle en plus petit veinard... c'est pour ça que je t'ai joué la scène, parce que tu n'es pas sans savoir que c'est sa tante qui dirige le cours, et elle a envie de me virer la vioc' parce qu'elle dit que je ne satisfais pas ses exigences etc. et sa nièce non plus n'a pas l'air satisfaite de ma prestation...
-alors tu veux que je te graisse la patte ce soir auprès de Cassandre...
-voilà tu me graisses la patte autour d'une cuisse de poulet bien grasse, et pis tu te mets dans les pattes de ton hôte, et tu les lui écartes ensuite si t'es habile...mais bon ce n'est qu'une formalité pour toi, je toussote grassement
-attends un peu, t'as organisé ce rancart pour moi alors que tu sais pertinemment que je suis avec Fanny, c'est vachement très culotté de ta part
-me la fais pas, je sais bien que vous êtes plus à deux...
-comment tu le sais ? on a rompu hier soir ! petit sanglot contenu
-ben simplement parce que j'ai vu ton ex chère et ex-tendre, s'extendre sur les pelouses en face de chez Annah-Tommy, d'où on était, on a vu qu'elle était déculottée elle...
-qui ça on ?
-moi je sortais du café quand je l'ai vu, j'y ai fait un petit signe, mais elle a pas répondu, par contre elle a appelé les types qui me suivaient
-qui ça, quels types ? dis-moi merde
il commençait à trépigner dur sur le banc, et heureusement pour lui que je lui ai dit de s'y accrocher, parce que je sais pas où je le l'aurait retrouvé
-à ton humble avis que je ne permettrais pas de remettre en question mais quand même tu manques de logique parce qu'à l'heure où je sors de chez Annahtom', c'est-à-dire midi moins le quart, après avoir ingurgité bien sagement mon jus de tomate amidonné
-abrèges, je ne tiens plus
c'est vrai, ces mains reformaient les nervures ; y'a pas à dire, les mains ça a beaucoup de mémoire. A ce sujet, les miennes se souviennent très bien de Sandra, ô Sandra, celle à qui il fallait toujours déchirer les bas avec les dents parce qu'elle disait toujours que mes mains avaient un autre utilité beaucoup plus...
-T'ACCOUCHES !!!!!!!
merde une latte du banc commence à se desceller à une extrémité
-ben c'est la bande de ce petit morpion de Jimmy et sa bande, bon je l'ai déjà dit mais c'est pour insister sur le nombre ; mais comme chacun sait , plus on est de fous...
-arrggggggg !!!!!!
-toi t'as pas l'air de rire mais calme toi un peu, steuplaît, ou sinon je te rejoue la scène. T'inquiètes, ils s'y sont pas tous allés, y'a que...(merde qui je pourrais bien prendre) Lucas
-Lucas, le chasseur ?
-ouais c'est bien lui, le chasseur
-quel fils de louve celui-là, me faire ça à moi
-t'emballes pas mon gars, tu sais ce que l'on dit, les chasseurs courent toujours plusieurs lièvres à la fois pour n'en levait qu'un...pis de toutes manières ils sont montés qu'à deux dans sa bagnole, alors y'a pas de danger
-pas de danger, mais il va se la faire si c'est pas déjà fait putaaaaiiiiiiiiinnnn !
-oh oh oh reste assis, t'es bête ou quoi ? si elle a accepté de monter dans la caisse c'est parce que j'étais là, et qu'elle savait exactement que j'allais tout te raconter. Elle veut te rendre jaloux. Elle pense que tu lui reviendra plus facilement comme ça.
-et moi je dois rester là les bras croisés à attendre qu'elle me revienne à la prochaine saison de chasse ?!
-y'a vraiment des moments je me demande bien ce qu'elle te trouve Cassandre. Je crois qu'elle t'a jamais parlé, je me trompe ?
-ben non
-un conseil, parle-lui pas trop ce soir, venez-en au fait de suite, je sais pas, manger après, pasque sinon ça risque d'être compliqué
-mais pourquoi veux-tu obstinément que j'aille chez elle, ce soir en plus ?
-quoi, j'aurais du te trouver une plus attirante ?tu vois pas que c'est un sacrifice pour moi de te la céder, et toi tu joues les difficiles. Elle te plaît pas ?
-c'est pas ça, mais je peux pas faire ça à Fanny
-parce que tu crois qu'il la menaçait de son fusil pour qu'elle le lui prenne en main au Lucas ?
-arrêtes de me le rappeler sans cesse, c'est vraiment dur à supporter !!
-t'as qu'à comprendre tout de suite aussi : tu sais la jalousie ça marche dans les deux sens. C'est comme une porte battante. A moins que tu veuilles jouer l'anti-retour, elle te revient toujours dans les mains.
-Fanny ?
-non la porte, mais elle n'est jamais loin de la porte (c'est pour ça qu'elle s'est tirée) ; elle reviendra avec. Tout ce que t'as à faire c'est d'aller voir ma petite comédienne, tu passes une bonne soirée, tu t'arranges pour qu'elle s'en rappelle demain, qu'elle croit que tu l'aimes, tu lui promets des trucs, comme ça Fanny elle va être très très jalouse, et ce sera dans la poche, OK ?
-si t'étais pas un pote, je crois que je ne te ferais pas confiance, même si j'ai toujours des doutes... mais j'ai vraiment plus rien à perdre. C'est à quelle heure ce soir ?
-à sept heures tapantes, et surtout n'oublies pas de me citer entre deux « j'aime tes cheveux Cassandre ». Je peux compter sur toi ?
-pas de problèmes, mais je voudrais que ça marche
-4987, 4986, 4985...
-caisses tu fais ?
-ben en fait je me suis trompé, je décompte, là il te reste plus que 4973 secondes avant Cassandre
-D'accord, je file, merci
-c'est ça, mais laisse la planche que t'as dans les mains
il file
-tout à l'heure tu filais un mauvais coton, je t'ai refilé un pot de colle, toi tu y files, et moi je vais continuer à la filer, mais où est elle maintenant ?
[ Reactie posten ] [ Geen reacties ]

# Gepost op vrijdag 03 augustus 2007, 17u31

Gewijzigd op zondag 16 december 2007, 13u24

La teuf

Y sont vraiment cons ces ptits à la con, y font que les cons. Faut vraiment l'être (con) pour oser mettre les miches dehors et se les peler sec comme ce soir. Mais y'a pas que du pain, y z'ont amené de la binouze à gogo, des packs et des packs et retapacks, et qui c'est qui va conduire quand y seront tous que viande saoule ? j'm'en fous, de toutes façons la voiture c'est moi qui l'aurai quand y se rendront compte qu'y z'ont plus qu'à revenir à pattes, et qu'y devront entacher la chaussée de leur dégueulis, comme si ça pouvait les faire avancer plus vite de se vider les tripes.
Ils me voient même pas arrivé, tous sont absorbés par un jeu bien connu des étudiants (ivrognes ou pas trop) : la capsule. Il s'agit de mettre une capsule de canette sur un goulot de canette justement, celle-ci étant placée entre les jambes du décapsuleur. Le but est de faire tomber la capsule du mec en face (parce que y'a un mec en face) à l'aide d'une...capsule que l'on projète judicieusement et avec grâce silvousplaît (s'il vous plaît pas c'est pareil d'ailleurs), si tant est qu'on puisse viser juste après une bonne douzaine de ces canettes. Et c'est bien ça l'objectif, faire tomber la capsule de l'autre idiot en face (ou idiote car l'alcoolisme ne choisit pas le sexe) pour qu'il boive la canette qui soutenait la capsule en équilibre. Je sais, ça peut paraître très compliqué à vue de nez mais z'avez qu'à regarder avec vos yeux !
Moi j'aime que les variantes dans les jeux. Je préfère l'inventionnel au conventionnel. Alors en guise de capsule j'utilise souvent d'autres trucs moins crénelés : des boutons de gilet que je fauche à mon voisin aussi entamé que moi, et s'il a le malheur de le réclamer, je lui fait savoir qu'il pourrait très bien en causer avec la grande faucheuse. Des projectiles moins métalliques des fois, des stylos, tout un vide-poche, même une fois un CD de techno de mon cousin que j'y avais chouré pour plus que son cortex soit ravagé mais c'est pas ça qui l'a arrangé. A court d'idée ce soir j'ai choisi une vulgaire caillasse à mes pieds. Mais bon pour faire une apparition fracassante 'y a pas mieux.
La canette explosa promptement et je revendiquai l'attentat quasi sur le champ :
-eh Miguel, d'habitude c'est par la bouche qu'on se la prend la bière.
Le pauvre type a le bas-ventre et même une partie du haut-ventre (vêtement parlant) couvert de liquide qui, à la faveur des phares de la tire, sent couleur pisse. Les autres sont morts de rire, c'est pourtant pas eux qui ont été mis en bière !
Le Miguel sus-nommé, à travers des yeux cernés par des ronds de bière ambrée, fait passer tout l'étonnement qui lui est du en pareille situation d'inconfort.
-mon dieu, mais c'est un vrai incontinent (un con d'un autre continent, puisqu'il est sud-américain)
-fermé-là Marco, é t t touv' mahllan ?
-eh les mecs, jvous voyais comme ça apathiques, c'est pas que vous me soyez antipathiques mais j'avais très envie de vous faire la nique, histoire que cette beuverie soit un peu plus dynamique, mais je crois qu'il y'a plus qu'un hic !vous trouvez pas ça comique ?
Je me demande qui a bien pu éteindre la lumière au fond de leur yeux à tous ceux-là, et la batterie se décharge inexorablement et en vain. Pourtant je vois parmi ces agates noires deux clignotants qui se mettent en warning, mais de façon statique. Son porteur n'est autre que le faux prétendant de Fanny, qui prétend en ce moment jouer le rôle d'un robot sorti d'un mauvais film d'anticipation. D'ailleurs c'est pas trop difficile d'anticiper ses gestes, ils semblent réglés comme du papier-musique, mais vraiment grotesque alors. Il a du mal à tenir debout, et à chaque fois où une de ces deux jambes (c'est un humanoïde) quitte la terre dans le but d'une translation avant, j'ai peur qu'il ne touche le sol que simultanément avec le reste du corps. Les robots ont vachement évolué depuis les robots de cuisine, parce que celui qui vient vers moi m'avertit de sa proximité effective par l'expulsion via son ouverture faciale de gaz alcoolorganiques dans un râle :
-caisseu tu fais zici mon paûte ?
On lui a même permis de parler un dialecte très prisé dans le coin, surtout les soirées arrosées de cette fin d'été, l'ivremortais.
Même par tous mes efforts je ne peux m'entretenir dans cette langue si je suis si sobre, mais à quoi bon se saouler, ce pochetron n'en vaut pas la peine.
-eh bien figures-toi (et ça risque d'être moche avec ta tête) que j'étais en pleine cueillette d'escargots dans les branchages du coteau aux alentours...
Deux de ces gars qui me scrutaient d'un ½il perplexe mais non moins vitreux et toujours aussi sombre tout à la fois, commencent à figurer pour l'un un rictus amusé, pour l'autre un rictus de dégoût, parce qu'il doit préférer les cuisses de grenouilles.
-...quand j'ai aperçu un petit groupe de limaces géantes dans une clairière...
Le rictus amusé s'agrandit à cette nouvelle déclaration, tandis que le second renchérit sur le dégoût et je pense que sa course précipitée vers le bosquet signifie une matérialisation exgésique toute proche. Comme pour ne pas infirmer ma thèse, il court de plus en plus vite.
-... ça m'a paru vraiment bizarre que les escargots même géants se retrouvent en petit comité le soir, et surtout que ces animaux inférieurs aient trouvé le moyen de faire du feu.
Lucas ayant compris ma petite blague se met à rire d'une façon certes ridicule vue sa charge en alcool mais qui a le mérite de hausser ma self-esteem et mes épaules en même temps. L'autre gars décide de lâcher la discussion à laquelle il n'a pas participé et je suspecte une gueule de bois précoce, parce qu'il se tient la tête dans les avant-bras.
- tu vas bien prende queqchose mon pauteu ? si on se tapait une caps ?
- t'as vu ton état Lucky ? même avec la chance qui vous caractérise toi et ton prénom, je ne peux m'empêcher de te mettre une tannée. Tu veux vraiment finir à quat'pattes dégueulant tes tripes alors qu'il n'est pas encore huit heures ?
- -c'est pas un' bière de plus qui chang'ra beaucoup ma déchire...
- quoi une bière ! si j'accepte le défi, on le fait en trois cul-sec, moi j'ai soif !
- ehhhhhhh t'es pas fou ! dans ce cas je vais vraiment ête mal mon pauteuheuh.
- Et c'est pas tout si tu gagnes je te promets de tout débarrasser cette nuit, les cadavres, de bouteilles et d'humains, tout foutre dans ta caisse et vous ramener un par un
- Et si tu gagnes, hein ?
- Et bien tu t'engages à me prêter ta voiture pour la soirée
- Nan, nan, c'est la voiture de euh mon vieux alors je la prête pas
- Attends un peu, tu me prêtes la voiture mais je vous ramènerai avec le moment venu ; comme je serai clean y'aura pas de malaise
- Ouais mais caisseuh tu vas foutre avec ?
- Ben je vais juste voir une fille de Jouet, peut-être qu'on va boire un truc chez Annatom' et ensuite je la ramène. De toutes façons ses parents la laissent pas sortir après minuit donc je serai ici vers minuit trente ; va falloir que vous me laissiez quelques binouzes. Alors ça marche ?
- Et tu vas pas la prendre dans la caisse hein ?
- Putain je te dis que c'est une petite fille à papa et que d'ici à ce que j'entrevois ses cuisses je suis sûr qu'elle sera déjà ménopausée.
Deuxième fou-rire de cet idiot, je crois que c'est en bonne voie
-putain je te reconnais pas Marc sur ce coup. D'hab' tu te les tapes quasiment après leur avoir dit bonjour
- en tout cas là je vais pas essayer. J'ai envie de me poser et comme cette fille a des parents très riches, ça ne peut m'apporter que des bonnes choses. Imagine si j'arrive à l'accrocher ce soir ce sera la dernière fois que je te demanderai de la prêter ta caisse, parce que j'aurais à loisir la quatrième voiture de beau-papa. Alors c'est bon.
- OK, mais t'imagines paqueuh je vais te laisser gagner facilll'ment sous prétexte que t'as à faire euh des trucs importants...
- Je décapsule !
Six canettes dans deux mains c'est assez difficile à porter, mais je préfère le faire de mon propre chef pour que les canettes soient bien pleines (en tout cas les siennes). Petit attroupement de nouveau autour des nouveaux concurrents, kling-kling font les capsules sur le verre, pas longtemps parce que bientôt mon adversaire ingurgite ces trois canettes ; j'ai eu la précaution de lui demander les clefs de la tire avant qu'il passe à l'ingurgitation-régurgitation immédiate.
Me voilà sur la route une fois de plus.
[ Reactie posten ] [ Geen reacties ]

# Gepost op maandag 06 augustus 2007, 11u47

Gewijzigd op zondag 16 december 2007, 13u24